Le Cinéma Victoria, vaillant héritier de 130 ans de cinéma à Aix-les-Bains

Il est le fier bastion du cinéma en centre-ville. Laissant les Toiles du Lac voguer sur la programmation grand public, le cinéma Victoria défend, depuis 20 ans, du haut de son indépendance, une programmation d’art et d’essai, comme le font l’Astrée à Chambéry ou le Nemours à Annecy. Unique cinéma rescapé en cœur de ville, il perpétue 130 ans de cinéma à Aix-les-Bains, et tient à bout de bras une promesse chère à celles et ceux qui aspirent, les yeux rivés sur grand écran, à partager encore et toujours des émotions collectives dont le 7ème art a seul le secret.

Rédactionnel : Karen Turck Article réalisé en soutien au festival de l’ADCA

Le Victoria, présent depuis 50 ans dans le panorama des salles obscures aixoises

Nous voici dans les années 1970. Aix-les-Bains a changé de visage, porté par un vent de modernité. Exit les palaces, les grands hôtels et pensions sont transformés en habitation, de grands ensembles s’érigent. Il faut voir grand. Le Rex bat son plein, un certain Robert Roupioz le rachète et le modernise, en installant en 1971des fauteuils « coquilles », gage de confort !

Ce même entrepreneur reprend le Nouveau casino et le Kursaal pour créer le cinéma Victoria en 1975, premier complexe de 3 salles, d’une capacité de 600 places. Le Casino Grand Cercle met un terme à son activité de cinéma en 1980, tandis que le Cinéma Victoria est agrandi et remodelé en 1993 pour recevoir l’un des plus écrans de la région. Place aux escalators pour relier le Casino aux machines à sous situées en sous-sol.

Les Aixois se souviennent forcément d’une séance qui a fait le plein. Titanic, la saga Star Wars ou les premiers Harry Potter, c’était au Victoria qu’on les découvrait. Le programme était annoncé sur le répondeur téléphonique. Les caissières étaient aussi ouvreuses et passaient dans les allées pour vendre des bonbons et des glaces. Parmi elles, Laura Roupioz qui, dès ses 5 ans, participait à l’aventure familiale. Et pour cause, son père Jean-Félix avait alors repris le flambeau, sans que jamais Robert, son grand-père, ne soit bien loin. Chez les Roupioz, on vit, on pense, on dort cinéma, littéralement ! – car la famille a vécu un temps dans un appartement abrité dans le bâtiment du cinéma Victoria !

Il y a 130 ans, Aix-les-Bains entre dans la course au cinéma

Pour comprendre l’attachement des Aixois au Victoria, il faut rembobiner le film jusqu’à la Belle Époque. Dès la moitié du XIXe siècle, Aix-les-Bains fut déjà une ville profondément tournée vers le spectacle. Les mondains viennent y prendre les eaux, mais aussi se divertir. Aix rivalise encore et toujours de nouveautés, pour rester en vogue.

Quoi de plus évident d’offrir à la bonne société en villégiature le loisir de voir défiler quelques images animées…  Dès 1896, les premières projections du cinématographe Lumière sont organisées à Aix-les-Bains. C’était il y a 130 ans … Il faut comprendre que ce divertissement arrive à Aix-les-Bains quelques mois à peine après la première projection des Frères Lumières au Congrès des sociétés françaises de photographie.

Le cinéma n’était qu’à ses balbutiements, on parlait alors des « photographies animées ». Rien d’étonnant donc que ce soit un certain Numa Blanc, grand photographe, installé à Aix (et ailleurs), qui initiera le tout-Aix-les-Bains au cinématographe, tandis que sur les bords du lac, un « cyclorama » avait été installé dès l’été 1893 pour apercevoir dans une chambre noire quelques scènes extérieures se refléter, à condition que le soleil soit de la partie…

« Cette charmante soirée s’est terminée par la première séance à Aix-les-Bains du cinématographe de MM. Auguste et Louis Lumière, présenté par Numa Blanc, photographe à Aix-les-Bains. Aix-les-Bains ne pouvait rester en retard et nous faisons des compliments à Numa Blanc d’avoir eu la bonne idée d’offrir cette agréable distraction à notre élégante Colonie étrangère »

L’Avenir d’Aix-les-Bains, le 30 juin 1986

En une seule courte saison, 6500 spectateurs sont reçus dans le tout premier cinéma donnant des représentations quotidiennes dans un chalet situé en face de la Villa des fleurs (emportée par un incendie plus tard). Un coup d’arrêt sera donné toutefois l’année suivante marquée par l’effroyable incendie du Bazar de la Charité survenu en mai 1897 à Paris (117 morts). En cause : l’inflammation du film en celluloïd du cinématographe…

Le cinéma à Aix-les-Bains, l’une des facettes d’une ville de spectacles

La technique se perfectionne et le cinéma revient sur le devant de la scène au tout début du XXème siècle. Aix-les-Bains surfe sur le vague, parfois aux risques et périls des entrepreneurs. Le Cercle et son casino joue la carte du cinématographe en partenariat avec la Maison Pathé au cours de l’été 1905.  L’arrivée avant-guerre du phono-cinématographe suscite un regain d’intérêt chez les spectateurs, convertis aux séances du Cercle.

Bien des entrepreneurs useront aussi du filon, en conciliant activités de spectacles, de jeux et de cinématographes, jonglant avec les autorisations. Ainsi écloront le Royal-Cinéma dans le casino des cyclamens près de la gare (ancêtre du Rex), ou encore un cinéma dans le théâtre de l’Eden situé rue Vaugelas… dans une atmosphère de franche concurrence, avant que la Grande guerre ne conditionne l’exploitation à des règles de circonstance (pas de musique, bénéfice reversé aux œuvres de bienfaisance…).

Cinéma parlant, industrialisation du 7ème art, de nouveaux progrès apparaissent à l’aune des années 1930, mais aussi à la production de publicités sous forme de films promotionnels de la destination aixoise, et notamment de son chemin de fer à crémaillère ! Toutes les salles ne tiendront toutefois pas le choc du progrès et de la quête de confort des Trente glorieuses. Ainsi disparaissent le Royal-Cinéma exploité dans un hangar, remplacé par un immeuble du même nom Le Royal (un temps, l’immeuble abritera un vidéoclub), le « Savoy » remplacé par un supermarché, devenu depuis un Monoprix.

Le Victoria, fier bastion du cinéma indépendant à Aix-les-Bains

Bienvenue à l’ère du DVD. Les vidéoclubs Vidéo Plus et Vidéo Futur disparaissent du centre-ville. La famille Roupioz, elle, continue à investir, en ouvrant en 2006 du côté du lac, le multiplexe Les Toiles du lac avec 8 salles. Le Rex, lui, ferme alors définitivement ses portes… Ainsi, le paysage cinématographique aixois se réorganise alors autour de deux modèles : le multiplexe côté lac, à deux pas du premier Mac Donald’s à Aix ! (une petite révolution), le Victoria et sa programmation d’art et d’essai de l’autre.

Résister au chant des sirènes, celui qui voudrait nous lover chez nous, au fond de notre canapé à piocher dans l’offre toujours plus aguicheuse des plateformes de streaming… préférer prendre rendez-vous, voilà la promesse du cinéma Victoria qui programme des films de découverte, des œuvres en version originale.  Défendre un cinéma qui ne se résume pas au box-office, ni aux blockbusters (sans offense), telle est la vocation culturelle poignante du Victoria. Une avant-première. Un documentaire. Un film d’auteur. Une séance en version originale. Une discussion avec un réalisateur ou un acteur, le temps d’une soirée cinéphile organisée par les festivals de l’ADCA ou par CinéFilAix. Là réside le coeur battant du cinéma à Aix-les-Bains.


Le Victoria, lui, est toujours là. Mais il est surtout un témoin vivant. Près de 130 ans après les premières projections, Aix-les-Bains possède donc toujours son cinéma de centre-ville. Et la famille Roupioz entend continuer à écrire cette histoire, avec la complicité des cinéphiles aixois.


Remerciements à Laura Roupioz, qui a bien voulu ouvrir les portes du cinéma Victoria, ainsi que ses « coulisses », tout en évoquant à la fois ses souvenirs et sa détermination à faire vivre ce cinéma familial.
Merci également à Pierre-Yves Bezat, Directeur du festival de l’ADCA, pour ses encouragements, ses confidences et pour l’écho donné aux Puristes dans la gazette du festival.
Longue vie au cinéma à Aix-les-Bains.

Parcourez aussi le dossier très complet de la revue Arts et Mémoire édité de la Société d’art et d’histoire d’Aix-les-Bains disponible ici : FOUGER, François. 100 ans de cinéma(s) à Aix-les-Bains. Arts et mémoire, n° 4. Société d’Art et d’Histoire, juin 1995, p. 5-16


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Le cinéma Victoria

Centre ville d’Aix-les-Bains, côté gare.

Adresse :
36 avenue Victoria
Aix-les-Bains, France

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Publié par Karen

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